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Affaire Raissouni: De l’impossibilité d’un procès

10 juin 2021

Au regard de la loi, de la justice et de l’éthique, ce procès de Souleiman Raissouni est intenable. La Cour a un autre avis, elle a choisi le passage de force, le 3 juin. Récit d’une audience marquée par une violence inouïe.

Dans le procès du journaliste Souleiman Raissouni, le système judiciaire a changé de tempo. Finis les multiples reports espacés de trois à quatre semaines. La Cour veut désormais aller vite, très vite. Face à elle, un journaliste en grève de la faim depuis plus de deux mois, dont l’état de santé est critique. Le parquet ne veut rien entendre. La Cour, visiblement, veut suivre le procureur dans sa manière de faire. Une première tentative a été avortée grâce à la vigilance de la défense.

Acte n°1 : Effet de surprise

Il est midi, l’audience a démarré il y a 45 minutes. Raissouni est assis sur une chaise. Il n’arrive pas à se tenir droit. Son état de santé fait l’objet de supputations de part et d’autre. Le représentant du parquet a apporté « la preuve de la bonne santé de l’accusée ». La défense crie au scandale. « Ce document signé par le médecin de la prison n’a pas de valeur juridique dans le cadre du procès », tempête la défense. Une expertise médicale indépendante est exigée. La Cour choisie de tempérer. Elle demande un temps mort. L’audience est suspendue « pour consultation entre les juges ». L’espoir d’un retournement de situation est permis…

Acte n°2 : Passage de force

Dur retour à la réalité d’un procès politique. La Cour préfère tout simplement le passage en force : « Le dossier est prêt. L’accusé peut rester dans sa cellule s’il n’est pas en mesure de suivre le procès ». L’audience du procès de Raissouni d’aujourd’hui est violente. D’une extrême violence. Un affront à la justice. Un homme en grève de la faim durant 56 jours, ayant perdu 30 kg se voit dire « vous êtes en bonne santé », sans expertise médicale officielle.

L’injustice que subit depuis un an le journaliste Raissouni, sa famille et ses proches se poursuit. Je crains que les conséquences soient irrémédiables.

La Cour a fixé un ultimatum pour Raissouni et sa défense pour démarrer le procès. La prochaine audience prévue le 10 juin s’annonce fatidique pour la suite de ce procès impossible dans de telles conditions.

S. Lemaizi

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