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Victoire par forfait de la censure au Maroc

31 décembre 2018

Le match n’a même pas eu lieu. La presse libre a fait profil bas. Elle ne s’est pas présentée le jour J. Elle s’est défilée, par lâcheté et/ou par réalisme.

Résultat : C’est une défaite sans appel pour la presse libre et les journalistes indépendants au Maroc. C’est surtout une victoire écrasante pour le pouvoir et ses soutiens dans le milieu politico-médiatique.

Face à une presse libre réduite comme peau de chagrin, le pouvoir politico-sécuritaire ne recule plus devant rien. L’année 2018 marque, une fois de plus, les régressions en matière de liberté de la presse et de la liberté d’expression en général au Maroc (-2 rangs dans le classement RSF avec un indigne 135ème rang).  

L’année 2019 devrait permettre de démarrer un nouveau cycle. L’installation du Conseil national de la presse (CNP), instance d’autorégulation de la profession, devrait soit normaliser avec cette situation, soit recréer les conditions pour l’éclosion une nouvelle fois d’une presse libre, indépendante et professionnelle au Maroc. L’espoir demeure infime.

Liberté pour Mahdaoui et Asrihi

Il est l'<un des derniers éditorialistes indépendants encore installés dans le pays. Son cas résume cette victoire par forfait de la censure au Maroc. Ce journaliste expérimenté vit avec une épée de Damoclès depuis 2013. Il est poursuivi par de lourds chefs d’accusations. Son procès n’a jamais eu vraiment lieu. Ce procès est une arme de dissuasion aux mains du pouvoir.

« J’ai décidé d’arrêter d’écrire des éditoriaux pour la presse marocaine », me confiât-il, il y a quelques temps. Il m’expliquait sa position délicate comme suit : « Ecrire de nouveau dans ce contexte me pousserait à trahir mes convictions et ma pensée. Je ne me sens pas libre ».

Editorialiste indépendant

Par cette auto-censure, il facilite la tâche aux censeurs. Pas de texte, pas de censure, pas de procès.

Cette posture a permis à Mustapha El Khalfi, ex-ministre de la Communication (2012-2017) de claironner chaque année sa formule cynique : « Le Maroc ne compte pas de journalistes en prison pour leurs écrits ».

Les téméraires, ceux qui sont tentés de livrer bataille, se verront poursuivis dans des affaires de droit commun. Les délits ne manquent pas pour salir des réputations. Le cas de Bouâchrine condamné pour « agressions sexuelles » est emblématique de ce procédé. Sur ce procès, le constat de RSF me semble juste :

« La conduite du procès ne permet pas d’écarter l’hypothèse que cette affaire ait été montée ou à tout le moins exploitée pour une nouvelle fois le discréditer en tant que journaliste. Ce verdict est entaché de doute ».

RSF, communiqué du 12 novembre 2018

« Le procès Mounjib » relève du même procédé inquiétant. Des journalistes et des défenseurs de la liberté de la presse sont poursuivis depuis 2015 pour “atteinte à la sécurité de l’Etat” et pour “financement étrangers illégaux”. Leur procès n’a jamais eu lieu. Leur tort : avoir organisé des formations en journalisme d’investigation. Le procédé est symptomatique du chantage et de la violation de la constitution (art 120). 

Parmi les rares à avoir livré bataille à la censure, on retrouve Hamid El Mahdaoui, directeur du défunt Badil.info, condamné dans plusieurs reprises. Lors du procès du Hirak à la Cour d’appel de Casablanca, il est condamné à 4 ans de prison ferme. Son voisin de cellule est Mohamed al Asrihi, directeur de Rif 24. Ce jeune journaliste a écopé de cinq ans de prison de ferme, pour avoir assuré une couverture médiatique engagée de ce mouvement social. Leur détention dans la prison locale d’Oukacha est un signe de la peur qui règne au sein du pouvoir. L’existence d’une presse libre, même dans les marges géographiques et professionnelles, demeurera le cauchemar de tout pouvoir.   

Liberté sans conditions pour eux  

Voilà, c’était mes vœux pour 2019.

PS : Au moment où j’écris ce texte, j’apprends la dissolution de l’association Racines pour avoir accueilli le tournage de la web-émission « 1 dîner 2 cons ». TOUT MON SOUTIEN.    

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