Interview

Technologie et journalisme au Maroc. Interview avec R. Jankari  

15 mars 2017

Rachid Jankari est parmi les premiers journalistes marocains à avoir Jankari Rachid 1entamé sa transition vers le digital. En marge d’une formation sur le datajournalisme, cet observateur avisé du digital au Maroc nous livre ses appréciations des pratiques technologiques au sein des rédactions marocaines, avec un rappel des défis à venir pour les journalistes. Interview avec R. Jankari, journaliste et directeur de Maghreb digital

 

Q : Comment ont évolué les connaissances web des journalistes au Maroc depuis les années 2000 ?

R. Jankari : On peut parler aujourd’hui de l’émergence d’une génération de journalistes avec un bon niveau d’usage des technologies. Certes, l’analphabétisme numérique continue de sévir chez une partie de l’ancienne génération de journalistes. Cependant, cette nouvelle génération a acquis un savoir-faire essentiellement sur le terrain. Cette maitrise s’est faite aussi sans background académique. Le lancement de nombreux médias en ligne ces dernières années a permis la constitution de cette pépinière de journalistes à l’aise dans l’environnement web. Mais grosso modo, il y a encore du chemin à parcourir dans la formation des journalistes dans ce domaine.

Comment peut-on adapter l’offre en formation des journalistes avec les évolutions rapides du web ?  

Le web est un gisement de formations. Au Maroc, on constate que la formation des journalistes continue d’être basée sur la compartimentation entre « presse écrite », « audiovisuelle » et « presse digitale », et le web est vue  comme un accessoire. Or, dans d’autres pays, on forme des journalistes multimédia avec une fort contenu dédié au digital

L’analphabétisme numérique continue de sévir chez une partie de l’ancienne génération de journalistes

Du côté des usages, comment ont évolué les pratiques au sein des rédactions ? 

Les jeunes journalistes s’approprient la technologie indépendamment des usages et pratiques au sein des rédactions. Au début des années 2000, on parlait des blogs, Facebook et Twitter. Aujourd’hui d’autres créneaux de production de contenus ont émergé comme le data-journalisme ou le journalisme de drones. La mutation technologique est une opportunité pour l’usage des pratiques journalistiques. Malheureusement, au Maroc, on constate qu’il y a encore un décalage entre ces opportunités et les pratiques.

Les rédactions ont-elles les moyens pour toujours être à la page en matière technologique ?

Il faut être dans une logique d’évolution permanente. Aujourd’hui, le journalisme en ligne n’est plus l’usage de l’emailing ou des moteurs de recherche. En 2017 par exemple, nous devons apporter des réponses journalistiques à la question du big data ou des drones. Ces évolutions sont une chance et une opportunité pour les journalistes.

Savoir juste écrire pour un journaliste est insuffisant. Savoir désormais utiliser un drone est aussi un savoir-faire journalistique. 

Mais les entreprises de presse n’investissent pas dans la formation de leurs équipes…

En général, les journalistes marocains font de l’auto-formation ou se basent sur les offres de la coopération internationale. Dans un contexte de précarité, l’air est à la débrouillardise dans ce domaine. De leur côté, les entreprises de presse n’ont pas de plans de formation.  Je pense qu’il ne faut pas attendre l’entreprise pour se former, surtout que les évolutions sont très rapides.

Pour un journaliste marocain en 2017, quelles sont les priorités en termes de formation ?  

D’abord, l’enjeu linguistique me parait essentiel. Etre journaliste  aujourd’hui en ne maitrisant que l’arabe et  le français, me parait insuffisant. Pour s’approprier l’univers des nouveaux médias, la langue anglaise est nécessaire. Ensuite, le journaliste marocain doit enterrer la notion classique du journalisme , pour passer vers le multimédia. La transition actuelle est liée au journalisme nomade, avec le mobile journalisme et les possibilités offertes par les drones. L’essentiel demeure l’excellence dans la création de contenu, peu importe le canal. De nos jours, savoir juste écrire pour un journaliste est insuffisant. Savoir désormais utiliser un drone est aussi un savoir-faire journalistique. Le journaliste se doit  d’être multimédia.

Interview réalisée par S. Lemaizi

@LemaizO

0 Partages

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *