Points de vue

Au SIEL, le livre sans la presse

23 février 2017

Sur la longue liste des exposants au salon du livre, un membre de la famille de l’édition manquait à l’appel : La presse écrite.

Au Salon international de l’édition et du livre (SIEL) de Casablanca, il y avait comme à l’accoutumée des livres, des auteurs, des pseudo-écrivains,  des amoureux de la littérature, des badauds, des barbus, des écoliers, beaucoup trop d’écoliers et des établissements publics pour la figuration. Sur la longue liste de 355 exposants, il y a un grand absent du secteur : la presse écrite et digitale.

Malgré ses carences et ses ratés, le SIEL demeure un grand moment d’échange dans le secteur de l’édition au Maroc et au Maghreb. Or, une partie de ce secteur s’auto-exclu. Il s’agit des éditeurs de la presse écrite et digitale. Pourtant, la tendance mondiale est à la convergence entre l’édition de presse et l’édition généraliste (littérature, essais, BD, etc…). Les éditeurs marocains ont tout intérêt à s’impliquer d’avantage dans ce type d’évènement pour des raisons économiques mais surtout de visibilité pour un secteur en mauvaise posture.

Les « Magbook » : L’avenir de la presse ? 

Dans l’Hexagone, un vent de fraîcheur souffle sur le secteur de la presse, grâce à des projets éditoriaux novateurs comme La revue XXI ou La Revue le Crieur. Ces « magbook » avec des numéros d’une centaine de pages répondent à la crise de la écrite. Le premier projet est en train « de décloisonner les écritures journalistiques », comme l’ont souhaité au départ les initiateurs de ce projet. Carrefour entre BD, littératures et grands reportages, cette revue offrant de « l’information en grand format » est d’ailleurs distribuée uniquement dans les librairies. Et sans publicité SVP. Le deuxième projet est porté par les éditions La Découverte et Mediapart depuis juin 2015, Leur enjeu est de taille :

« Désenclaver les domaines de la pensée et de la culture, et faire de la revue le lieu central d’un journalisme d’idées, proposant une vulgarisation de qualité ».

La Revue dessinée est un troisième projet tout aussi novateur. Cette publication de 228 pages est bâtie autour de l’art de la bande dessinée pour faire du journalisme. Un retour aux sources et une projection dans de nouvelles écritures du reportage et de l’enquête.

Ce détour français est pour vous dire que des pistes existent pour développer de nouveaux projets (de qualité) dans la presse. Loin des formats surannés.

La responsabilité du ministère de la Culture

D’autre part, les organisateurs du salon (le ministère de la Culture) ont manqué une occasion pour appeler les acteurs de la presse écrite à s’exprimer au sein d’une des 156 activités organisées durant le salon. D’autant plus que le ministère, via son programme d’aide, soutient un nombre important de revues dans divers domaines.

En 2016, 22 éditeurs de revues ont bénéficié d’un soutien financier du ministère pour réaliser 119 projets. Le ministère de la Culture soutient également des projets de revues culturelles en ligne. En 2016, 12 porteurs de projets ont bénéficié d’un soutien public pour réaliser 14 projets culturels sur le web. Le salon devrait être l’occasion propice pour présenter au grand public pour juger de la qualité de ces projets. Encore faut-il qu’il y ait une volonté politique pour rendre des comptes…

En somme, la présence de la presse dans un salon du livre est l’occasion de rencontrer le public et surtout les lecteurs de l’avenir. Ils étaient 350 000 à personnes à avoir visitées le SIEL cette année. Soit tout autant de lecteurs potentiels que la presse préfère ignorer chaque année, par négligence ou carrément pour absence d’une vision d’avenir.

S.Lemaizi

@LemaizO

PS 1 : Une mention spéciale à l’équipe de la SNRT pour sa présence continue au sein des éditions du SIEL.

PS: 2:  Une mention spéciale également aux éditions En toutes lettres pour leur travail de médiation entre presse et édition. La publication de textes journalistiques rencontre un accueil chaleureux de la part du public.

A lire aussi, sur ce sujet: Tendance. De journalistes à écrivains

 

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