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Data: 10 ans de stagnation des effectifs des journalistes

23 janvier 2017

Dès 2006, les effectifs de journalistes marocains progressent laborieusement. Fait marquant l’explosion des journalistes web en l’espace de deux ans.

Une libéralisation de l’audiovisuel sans recrutement ?

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L’infographie animée sur ce lien.

Une première précision, le chiffre de 1031 journalistes professionnels en 1993 est à prendre avec des pincettes. Sachant les conditions d’octroi de ce document du temps de Driss Basri (clientélisme, absence de critère rigoureux, etc…), cet indicateur est à relativiser. Pour cette raison, nous nous basons avant tout sur les chiffres postérieurs au départ de Basri de ce département.

La progression du nombre de journalistes détenteurs de la carte de presse ne correspond pas pour autant à l’évolution du champ médiatique marocain. A partir de 2006, on note l’arrivée d’une chaîne de TV privée (Medi1 TV) et six chaînes thématiques du pôle télévisuel public (Arriadiya, Arrabiâ, Tamazight, la Chaîne Mohammed VI du Saint Coran, Aflam TV et Al Maghribiya). Ainsi que quatorze radios privées, sur deux vagues (2005 et 2010).

Le premier constat à faire est que le nombre de journalistes détenteurs de cartes de presse, délivrées par le ministère de la Communication est en stagnation depuis 2006. Cet effectif  varie entre de légères baisses et des progressions qui ne modifient pas la démographie des journalistes au Maroc. Il est légitime de se poser la question suivante : Comment ses nouvelles radios et télés émettent-elles sans un recrutement significatif en ressources humaines qualifiées ?

La crise de la presse écrite est passée par là

L’évolution des effectifs des journalistes de la presse écrite a connu la même tendance. Après une progression durant la période 2000-2005, le nombre de journalistes stagne dès 2006.  Cet effectif plafonne entre 700 et 800 journalistes/an. Cette situation s’explique par la crise que connait le secteur de la presse papier. De facto, on note une baisse des recrutements dans ce segment. A cela s’ajoute, la disparition de plusieurs publications depuis les trois dernières années.

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L’infographie animée sur ce lien

Journalistes au féminin : Encore loin de la parité! 

Deuxième constat, la faible féminisation de l’effectif des journalistes de la presse (voir graphique ci-haut). En 1993, les femmes journalistes ne dépassaient pas les 16,7% de l’ensemble des professionnels des médias. Aujourd’hui, ce taux a atteint 30%. Cette progression ne s’est pas ressentie dans le cas de la presse écrite. Ce segment continue à être fortement représenté par les hommes. En 1993, 19% de l’ensemble des équipes de ce segment étaient des femmes. Entre 2005 et 2016, le pourcentage des femmes journalistes travaillant pour la presse écrite a peu évolué passant de 24 à 29% de l’ensemble des journalistes de ce type de média. Ce taux correspond certes au niveau de la représentativité féminine dans l’ensemble de la profession (30%), mais il demeure en deçà deux taux enregistrés dans le secteur des radios privées (39,2%) ou dans l’agence officielle Maghreb arabe presse (35,3%).

Les journalistes web: De 0 à 265%

Durant cette période, le seul changement notable dans la démographie des journalistes touche au nombre des journalistes web. Cette catégorie est passée de zéro en 2012 à 265 en 2016, soit une croissance de 265% !

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L’infographie animée sur ce lien.

Et les invisibles des statistiques…

Bien sûr, ces chiffres prennent en compte que les titulaires de la carte professionnelle, délivrée par le ministère de la Communication. Un nombre non négligeable de professionnels exerce ce métier mais n’apparaisse pas dans ces statistiques officielles.  Cette invisibilité d’une partie des travailleurs du secteur des médias contribue à renforcer l’identité floue de cette profession au Maroc ainsi qu’au statut social précaire d’une bonne partie des RH de la profession.

S. Lemaizi

Note sur les sources. Ce article se base sur les documents suivants:

  • La presse marocaine: Textes et données, Ministère de l’Information, avril 1994
  • Rapports sur la presse écrite et l’audiovisuels public, années 2005 et 2006 
  • Média & Société au Maroc, Diagnostic et feuille de route, Rapport du «Dialogue national Media et Société», Rabat : 2010
  • Rapports sur les efforts de promotion de la liberté de la presse 2012, 2013, 2014, 2015 et 2016.  
     

 

 

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