Economie des médias Interview

Zghari du SNPM: “Les éditeurs refusent de renouveler la convention collective”

5 octobre 2016
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Omar Zghari, secrétaire général du SNPM Casablanca.

L’été journalistique a été marqué par le licenciement abusif de 38 salariés du Groupe Maroc Soir (GSM). Omar Zghari, secrétaire général du Syndicat national de la presse marocaine (SNPM) à Casablanca, nous parle dans cette interview de la situation sociale des journalistes et les plans en cours pour restructurer le secteur.

Journalismes in Bled: Quelle lecture faites-vous de la situation sociale des journalistes de la presse écrite au Maroc?

Omar Zghari: Les salariés des entreprises de presse, vivent une situation quasiment similaire. Ils souffrent de précarité et de non-respect des droits sociaux prévus par le statut du journaliste professionnel. Par ailleurs, la grande majorité des entreprises de presse ne veulent plus signer de CDI avec les nouveaux journalistes. Elles préfèrent ne signer que des Contrats à durée déterminée avec les nouvelles recrues.

Cet été, 38 salariés de Maroc Soir ont été licenciés avant qu’ils ne soient indemnisés grâce à un mois de mobilisations. Ce dossier inaugure-t-il un tournant social dans le secteur?  

Les éditeurs s’appuient sur un contexte de crise réelle ou ,supposée pour dicter de nouvelles règles. Le cas de Maroc Soir est emblématique de cette nouvelle donne. Alors qu’il y a eu plusieurs recrutements avec de hauts salaires au sein de l’entreprise, la direction a voulu maintenir le même taux de profit et donc a tenté de licencier ces 38 salariés de manière abusive. Les regards étaient braqués vers l’affaire du GMS. Son issue allait faire tache d’huile dans les autres entreprises de presse qui ont des plans de licenciements dans les tiroirs et des dessins pour reconfigurer le secteur dans sa globalité.

« Les éditeurs s’appuient sur un contexte de crise réelle ou ,supposée pour dicter de nouvelles règles ».

Quels seraient ces dessins pour les salariés du secteur?

Selon les indications et les sorties de la Fédération marocaine des éditeurs de journaux (FMEJ), il parait que les éditeurs veulent revoir les termes du contrat-programme les liant à l’Etat. La FMEJ demanderait de revoir à la baisse le critère du volume de tirage , tout en bénéficiant de la subvention publique. De cette manière, les éditeurs veulent se contenter d’un titre disponible dans les kiosques que de manière épisodique , et un tirage réduit au strict minimum. Les éditeurs pousseraient aussi pour se dédouaner de toute convention collective ou individuelle dans la rubrique “ Emploi des salariés” afin de faciliter les possibilités de licenciement .

Où en sont les négociations pour la signature de la nouvelle convention collective ?

Après l’expérience de la première convention démarrée en 2005, les éditeurs expriment clairement leur refus de renouveler cette convention. Cette position a été exprimée à maintes reprises par les patrons.

Les éditeurs avancent que le secteur est en crise, donc, selon eux, “ils ne peuvent pas faire de concessions”…

Ce discours de la crise prend le prétexte de la baisse des recettes publicitaires ,et de la concurrence de la presse digitale pour être diffusé au sein de l’opinion publique. Or, en se basant sur une des conclusions de l’étude réalisée par KPMG pour le compte du Ministère de la communication en 2011, ce cabinet a eu d’énormes difficultés pour accéder aux informations financières des éditeurs. Le comble , est que nous faisons face à des patrons de presse qui refusent l’accès à l’information. Ils tiennent un discours autour de la crise de la presse écrite sans apporter des documents financiers prouvant leurs dires. Prenons le cas de Maroc Soir: Lors du conflit social d’août dernier, la direction du GMS n’a apporté aucun document sur les états financiers de l’entreprise dans son dossier déposé auprès de la délégation du ministère de l’Emploi, elle s’est contentée de déposer les derniers communiqués de la FMEJ comme argumentaire dans le dossier.

 « Les éditeurs tiennent un discours autour de la crise de la presse écrite sans apporter des documents financiers prouvant leurs dires. »

Pensez-vous que ces éditeurs pouvaient faire autrement , et se préparer à cette crise de la presse écrite?  

Ce secteur a été florissant durant la première décennie des années 2000, grâce à la bonne santé du secteur de la publicité et au soutien public annuel de 60 millions de DH. Les profits réalisés durant cette période n’ont pas été investis dans les entreprises de presse. Au lieu de cette option, des patrons de presse ont acheté des fermes agricoles et d’autres, disposent de restaurants ou de snack à Casablanca. A défaut de renforcer les activités des entreprises de presse, et préparer la transition vers le digital, l’audiovisuel, et l’innovation, ces éditeurs ont préféré tabler sur des activités rentières ou spéculatives. Ils sont poussés par une mentalité mercantiliste. Malheureusement, l’esprit dominant chez ces éditeurs n’a pas permis de développer l’activité de l’édition via de nouveaux revenus tirés d’une diversification des produits médiatiques.  Les journalistes sont les premiers qui pâtissent de cet état d’esprit. Depuis des années, ils ne profitent d’aucune formation ou de formation continue facilitant leur reconversion. Les journalistes se trouvent, ainsi, menacés dans leur métier et leurs quelques acquis. En définitive, le secteur souffre de l’absence de gouvernance et de contrôle financier.  

« A défaut de renforcer les activités des entreprises de presse, et préparer la transition vers le digital, l’audiovisuel, et l’innovation, ces éditeurs ont préféré tabler sur des activités rentières ou spéculatives ».

Interview réalisée par Salaheddine Lemaizi

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