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Au Maroc, les rotatives tournent au ralenti

2 mai 2016

Le secteur de la presse écrite au Maroc traverse une période difficile. Radioscopie d’une crise.

Des ventes en chute libre, des recettes publicitaires qui s’effritent, une multiplication des licenciements des journalistes, le secteur de la presse écrite au Maroc traverse une crise sans précédent.

Dans le rouge

Presse kiosque
Malgré l’augmentation des prix des journaux, la crise continue… Crédit photo: Telquel.ma

Un indicateur est symptomatique de cette situation : aucune publication au Maroc ne tire désormais à plus de 100 000 exemplaires. Les derniers chiffres du quotidien Al Massae (Le Soir), premier tirage du pays, le confirment[1]. Le tirage moyen de cette publication a baissé à 93.500 exemplaires, une première depuis sept ans ; une conséquence d’une baisse des ventes depuis 2012. Le cas d’Al Massae n’est pas une exception. Le secteur dans son ensemble traverse une période de morosité.

Maroc Soir et Eco Medias, deux grands groupes de presse du pays en termes de chiffres d’affaires et de ventes de journaux connaissent une stagnation de leurs recettes, respectivement de -1,3% et -4,3%. Le secteur de la distribution ne se porte pas mieux. Les deux entreprises leaders de ce secteur ; Sapress et Sochepress, ont réalisé un Chiffre d’affaires (CA) en baisse depuis 2013. Cette année-là, le CA s’est inscrit à moins 13,5% pour Sapress et -3,7% pour Sochepress.

La demande sur le marché de la presse était déjà faible. Le nombre moyen de copies disponibles pour 1.000 habitants au Maroc était de 13. Dans le reste de la région MENA, la moyenne est de 46 pour 1.000 habitants, en France elle est de 160 pour 1.000 habitant, sans parler du Japon où la lecture de la presse écrite est ancrée dans les mœurs avec 664 copies pour 1.000 habitants.

Entre 2013 et 2014, les ventes de la presse écrite marocaine ont reculé de 7,9%, selon des chiffres de l’Office de justification de la diffusion (OJD). Dans le segment de la presse quotidienne, la diffusion a baissé de 8,1% (176.000 exemplaires/jour). Chez les hebdos, la situation n’est pas meilleure, le recul était de 13,4% (88.799 exemplaires/semaine). La même tendance a été constatée dans la presse mensuelle avec une forte baisse de 15,5% (534.791 exemplaires/mois). Même la presse gratuite a réduit sa diffusion de 6,3%. Pour sa part, le marché publicitaire tourne le dos à la presse écrite.

Diffusion de la presse écrite: la dégringolade 

Presse écrite Graphique
Courbe orange: Diffusion à périmètre courant- Courbe bleue: à périmètre constant. Source: OJD 2016

Selon les derniers chiffres du Groupement des annonceurs marocains (GAM), la presse marocaine a perdu du terrain. En mai 2015, les PDM de ce média étaient en recul de 1,1%. Ainsi, les deux sources de financement de la presse (les ventes et la publicité) sont dans le rouge.

«Notre part de marché (PDM) est passée de 23 à 17%» Nourreddine Miftah, président de la Fédération marocaine des éditeurs de journaux (FMEJ).

Cette situation se traduit par des difficultés pour plusieurs publications, alors que certaines mettent la clé sous la porte. Les représentants des éditeurs, des distributeurs et des salariés tirent la sonnette d’alarme.

Climat social tendu

Le magazine Le Temps est le dernier d’une longue liste de publications qui ont arrêté leur parution. «Les salariés de l’entreprise ont été surpris par le licenciement de l’ensemble de l’équipe», regrette un des journalistes de cet hebdomadaire. Aujourd’hui cette publication a repris sa parution avec un seul journaliste. Le climat social est tendu dans l’ensemble.

«Le discours sur la crise de la presse, imputant la situation économique actuelle à la hausse des coûts de production, n’est plus recevable. Les RH sont le maillon faible du secteur. Au contraire du discours dominant, le coût du travail n’est pas la plus importante charge», estime le SNPM .

Le premier contrat-programme signé entre la FMEJ et le ministère de la Communication en 2005 avait pour mission de soutenir la restructuration des entreprises du secteur. Dix ans après, le secteur se porte toujours très mal. Un nouveau contrat-programme a été signé en mars 2013, avec un engagement du gouvernement d’augmenter l’enveloppe de la subvention destinée aux éditeurs, tout en améliorant sa transparence. En 2012, 59 supports ont bénéficié d’un soutien étatique de 65 millions de DH (environ 8 millions de dollars canadiens). En 2015, 80 entreprises de presse ont reçu un soutien de 60 millions de DH (environ 7,9 millions de dollars)[2]. «Ces montants ne pèsent que 3% de notre CA. Cette aide n’est pas une garantie de viabilité du secteur», précise Miftah de la FMEJ. Pour le SNPM, la gestion de cette aide est à revoir :

«Tant que certaines entreprises continueront à dissimuler les réelles données de leur entreprise, nous ne pourrons pas faire un diagnostic du secteur et faire le point sur le système d’aide et le contrat-programme».

La FMEJ et le SNPM annoncent un processus de dialogue pour surmonter cette crise. En d’autres termes, l’horizon d’une Convention collective du secteur s’éloigne…

Salaheddine Lemaizi, journaliste

[1] Chiffres OJD 2015, Al Massae, http://www.ojd.ma/Adherents/Presse-payante/AL-MASSAE (consultée le 18 avril).

[2] Le ministre de la Communication présente le rapport annuel sur les efforts pour la promotion de la liberté de la presse 2015, http://www.mincom.gov.ma/fr/a-la-une/item/3675-2015-une-ann%C3%A9e-distingu%C3%A9e-en-mati%C3%A8re-de-promotion-de-libert%C3%A9-de-la-presse.html (consulté le 18 avril)

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  1. La Presse écrite au Maroc est soumise aux annonceurs et aux grandes familles

    L’Economiste = Détenu par la famille fassie DILAMI

    La Vie Eco = L’Oligarche milliardaire Akhenouch

    Les Ecos = « Moulay » Hafid El Alamy

    Les journaux se contentent de reprendre des communiqués de presse et sont soumis aux actionnaires milliardaires et aux annonceurs. Est-ce de la presse?

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