Arrêt sur segment

Au Maroc, une presse sans culture ?

1 avril 2016

Le journaliste et essayassite Abdellah Bensmaïn a lancé un cycle de conférences sur le journalisme au Maroc. Cette excellente initiative s’est arrêtée le 11 mars sur l’état de la presse culturelle au Maroc. Compte rendu des débats.

Photos Bensamin et Baida
De G. à D., A. Bensmain et A. Baida (Crédit Photo: A. Bensmain)

Deux précisions s’imposent : Primo, le débat a porté sur l’état de la presse culturelle d’expression francophone. Vue son importante sur la scène médiatique, la presse arabophone mérite un traitement approfondi. Secundo, ce compte rendu se limite à la presse écrite. Il ne traitera pas de la présence de la culture dans les médias audiovisuels. Ce segment nécessite d’y revenir également en détails. Après cette digression, retour au menu du jour.

Bensmaïn : Du foisonnement au vide

Présenté par Bensmaïn, auteur de « Alors l’information ? Les journalistes parlent du journalisme… et d’eux-mêmes », ce débat organisé à la Villa des arts de Rabat, est parti de l’hypothèse suivante : la presse marocaine est actuellement sans culture.Souffles Maroc

La présentation de Bensmaïn a permis de rappeler une période foisonnante en termes de production culturelle. A. Bensmaïn a évoqué l’expérience fondatrice de la revue Souffles (1966-1972) avec  une génération d’intellectuels pionniers comme Laâbi, Nissaboury, Melehi, Chebaa et Khatibi. « De l’aventure de Souffles émergera le noyau fondateur de la « Revue de création artistique et littéraire (Integral) »,  rappelle Bensmaïn. « Integral servira également de support à l’édition avec Shoof et publiera, notamment, « La mille et deuxième nuit » de Mostafa Nissaboury, un recueil de référence dans la poésie marocaine et maghrébine », poursuit Bensmaïn.

Des mensuels généralistes à forte charge culturelle prendront la relève dans les années 70-80. Bensmaïn cite les exemples de la revue culturelle, économique et sociale  Lamalif. « Cette revue a marqué son ouverture à la littérature dès sa première livraison », indique-t-il.

Sur le modèle de Lamalif, Al Asas avait ses entrées dans les arts plastiques et la littérature. D’autres expériences suivront comme Sindbad, Bi-mensuel d’information culturelle avant de devenir mensuel et généraliste.

D’ailleurs, la presse généraliste était à cette époque riche en suppléments. Bensmaïn cite L’Opinion où il a travaillé  et Al Maghrib avec feu Tayeb Houdaïfa, Ali Tizilkad et Mohamed Boualem ou encore le Message de la Nation avec son Cahier « Civilisations ».

Al Asas Maroc Après cette période de foisonnement culturel, « le vide s’est progressivement installé depuis les années 90 », regrette-t-il. Cette période est marquée par la disparition des
publications qui faisait de la résistance politique et financière (Lamalif, Al Asas et Sindbad). « Le Magazine littéraire du Maroc, lancé par Abdeslam Cheddadi, n’a pas duré longtemps et aura vécu de l’automne 2009 au printemps 2012 », souligne Bensmaïn.

Baida : Loin de toute nostalgie

Abdellah Baida, professeur universitaire, chroniqueur et romancier a s’est placé dans une perspective tout a fait différente à Bensmaïn. « Je ne suis pas nostalgique des années 60 et 70. Je ne pense pas que ces décennies aient connu une riche production », lance-t-il d’entrée de jeu. Baida donne l’exemple de Souffles qui a édité « que » 22 numéros en 7 ans. Et d’enfoncer le clou : « Ce n’est pas Souffles qui a donné lieu aux grands écrivains marocains. Ce sont ces grands écrivains qui ont fait de ce Souffles une revue de référence ».   L’auteur du roman Nom d’un chien considère que les contributeurs des revues de cette période étaient d’abord des universitaires et non pas des journalistes. Ce facteur expliquerait la différence entre la presse culturelle d’hier et d’aujourd’hui.

De part ses expériences de lecteur, ainsi que de collaborateur avec le défunt quotidien Le Soir, Baida livre quelques remarques : « Les journalistes traitant de la culture n’ont ni temps, ni les moyens de faire leur travail convenablement  ». D’ailleurs, les participants s’accordent pour dire que la formation fait défaut aux journalistes sur ce thème.

Le statut du journaliste culturel a également était aborder. « On confie la page culturelle, souvent, à des débutants pour faire leur preuve avant de passer à d’autres rubriques », note Baida.

Suite à ces deux interventions, un débat avec la salle a permis d’échanger sur toutes ces questions. Il me semble difficile de tirer des conclusions de ce débat salutaire, tant beaucoup de pistes restent à explorer…

Salaheddine Lemaizi

@LemaizO

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