Points de vue

L’aide aux journalistes: La liberté de la presse en otage !

14 février 2016

L’aide complémentaire destinée aux journalistes de la presse écrite est l’objet de désaccords au sein de la profession. Sur ce sujet, je publie une contribution de Sara Bar-rhout, journaliste « Finance ». Elle met en évidence les contradictions des acteurs dans ce dossier. La priorité devrait d’être : la signature d’une nouvelle convention collective. D’accord à 100%.

Belle lecture.

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Nous journalistes, devra-t-on réclamer nos salaires au ministère de la communication ?! Notre ministère de tutelle a conclu avec l’Association des œuvres sociales des journalistes de la presse écrite, lundi 14 décembre 2015 une convention de partenariat portant sur l’octroi d’une subvention sociale complémentaire au profit des journalistes professionnels de la presse écrite, d’un budget global de 12 millions de DH pour la période 2015-2016. Toujours selon le communiqué du ministère:

« Aux termes de cette convention, destinée à améliorer la situation sociale des journalistes de la presse écrite, le ministère de la Communication s’engage à accorder une subvention de 12 MDH sur deux ans au profit des professionnels de la presse écrite détenteurs de la carte de journaliste professionnel. Cette subvention consiste en un soutien permanent aux employés à bas salaires, des bourses de scolarité et d’appui au transport et au logement, outre une allocation pour les soins médicaux et des primes exceptionnelles relatives à des cas sociaux, comme le décès et la perte de l’emploi».

L’Economiste, qui cite Lhassan El Yasmini, président de l’association des œuvres sociales de la presse écrite, avance une population cible de 2.000 journalistes. Le scénario envisagé, d’après l’Economiste stipule l’octroi de deux subventions:

«Une première concernant les bas salaires pour accéder à 6.000, et une seconde pour ceux qui touchent le smig professionnel et plus pour qu’ils atteignent les 8.000 dirhams».

Alors que Abdellah El Bakkali, président du Syndicat national de la presse marocaine (SNPM) a évoqué, lors d’une réunion informelle, tenue jeudi 11 février 2016, avec les contestataires du formulaire à remplir, recense seulement 800 journalistes. El Bakkali a parlé, plutôt, de 3 tranches pour intégrer ceux qui touchent plus de 9.000 DH. Pour lui la population la plus importante, en termes de nombre, est celle qui touche entre 6.0 00 DH et 9.000 DH. El Bekkali laisse entendre que c’est elle qu’il veut soutenir le plus. Autrement dit, nous ne sommes plus dans la logique d’appui aux journalistes qui touchent moins que le Smig de la profession, fixé à 8500 DH par la convention collective, mais plutôt d’un complément de salaire offert par le ministère de la communication et puisé dans les derniers publics.

Le hic avec cette approche, c’est qu’El Bakkali au début de son discours  expliquait que cette modique somme est destinée, en quelque sorte, à remplir un «vide», le temps que la nouvelle mouture de la convention collective voit le jour. Il considère que ces 12 millions dirhams est un acquis qu’ils ont pu obtenir et dont il faut se contenter. Or, le véritable acquis aurait été de faire respecter la convention collective déjà en vigueur, dont l’alinéa 3 de l’article 4 et l’article 5 sont moins avantageux que ce que dicte le code du travail ! Son combat est orienté ailleurs. Bientôt, le ministère réorientera les subventions destinées à la restructuration de l’entreprise de presse vers l’association pour nous payer nos salaires. Comme ça le journaliste sera un travailleur bénévole chez les entreprises de presse. Peut-être que ce scénario nous permettra une certaine marge de liberté d’expression vis-à-vis des annonceurs de publicité mais pas forcément vis-à-vis de l’Etat.

On nous jette un os, c’est comme ça qu’il faut le qualifier, alors qu’un nouveau contrat-programme pour le soutien de la presse écrite couvrant la période 2015-2019 a été signé en août 2015. Un nouveau contrat alors que le précédent (2013-2017) était encore en cours. Bilan de ce dernier contrat ? Aucune donnée n’est disponible. Les termes de ce nouveau contrat-programme ? Non plus. Les conditions d’octroi des 58,96 MDH prévues sur la période ? Rien ! Sauf quelques lignes «pompantes» dans un communiqué de presse. Le texte intégral du contrat programme est introuvable. Sans contrôle et mesures sanctions ce secteur ne se restructurera jamais. C’est comme la mise à niveau qui traine depuis des décennies dans notre industrie. J’aurais aimé que ces 12 MDH soient réservés à la rémunération de cabinets d’audit qui seront mandatés pour évaluer le degré du respect des contrats programmes et de la convention collective, dont plus personne ne parle.

Sara Bar-rhout, journaliste

 

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