Revue des médias

Le lecteur d’Al Mountakhab n’est pas dupe…

22 janvier 2016

Al Montakhab est un journal de référence. C’est un fait ! 30 ans d’existence, une pérennité unique dans l’univers de la presse sportive au Maroc et pour la presse dans le pays en général. Sa diffusion est à faire pâlir le reste des hebdos marocains, 15 734 exemplaires pour ce bi-hebdomaire en 2014, soit une diffusion moyenne de 31 000 exemplaires  par semaine. Malgré ce bilan tout à fait honorable, ses dirigeants n’ont pas hésité à tremper leurs plumes pour le compte d’un annonceur, la Marocaine des jeux et des sports (MJS).

Al Mountakhab MJS 2

Fournir la presse d’éléments de langage

Fin décembre, une polémique éclate autour d’une proposition du ministère de la Communication visant à interdire la publicité des jeux de hasard sur les médias digitaux, sous sa forme audiovisuelle. Le projet du Code de la presse, actuellement en discussion au parlement, duplique la même mesure prise pour le secteur de l’audiovisuel. Un débat s’enclenche entre les tenants de l’interdiction de la publicité de ses produits et ceux qui défendent le maintien de ces annonces. Cette discussion, légitime, donne lieu à un flot d’articles et de commentaires.

Chaque support traite du sujet avec sa propre approche. L’Economiste se positionne contre cette décision, tout en donnant la parole au ministre de la Communication. Le quotidien Les Eco préfère une approche plus nuancée et pose la question de l’utilité de l’interdiction. Panorapost préfère la forme éditoriale avec une lettre ouverte adressée au ministre. Un point commun à ces nombreux articles : la reprise des mêmes éléments fournis par la MJS (chiffres, argumentaire et éléments de langage). Cette entreprise a fait un travail intense de relations presse (et publique) pour passer son point de vue, le tout dans un contexte où El Khalfi est décrié par la Fédération marocaine des éditeurs de journaux (FMEJ).

Un lièvre de com’ pour MJS

Arrivons maintenant au cas d’Al Mountakhab. Le numéro 3007 (21 décembre 2015) du bi-hebdo revient sur ce sujet. Un article est publié sur sa très prisée dernière page. Un long pamphlet anti-Khalfi est signé par Badreddine Idrissi et Mustapha Badri, respectivement rédacteur en chef et directeur de la publication du journal. L’article est placardé en manchette du journal avec un titre sans nuance : « El Khalfi menace le plus grand bailleur de fonds du sport d’une crise cardiaque » ! (voir photo). Le texte est de la même veine. Extraits :

Verbiage

« Est-ce qu’El Khalfi a bien anticipé les conséquences sportives, économiques et sociales de cette interdiction ? »

Le lien de cause à effet n’est pas évident entre tout ça.

Surenchère

« Le paysage médiatique vit une ébullition sans précèdent à cause de textes de loi, des interdictions et des décisions unilatérales prônés par El Khalfi ».

Celui qui voit de l’ébullition peut m’avertir. Et merci

Contre-vérité 

 « El Khalfi ne s’est pas contenté de présenter un projet de Code de la presse au parlement malgré les désaccords profonds et centraux avec les professionnels représentés par le Syndicat national de la presse marocaine (SNPM) et la FMEJ qui se sont réunis pour barrer le chemin à ce texte…».

Le SNPM ne s’est jamais opposé au projet actuel du Code de la presse.

Alarmisme    

« Un scénario catastrophe, une chose probable dans le contexte actuel, est l’arrêt de l’activité de MJS et de La loterie nationale. La convention les liant avec l’opérateur Interloto pourrait être résiliée. Ce opérateur international quittera le Maroc avant la fin de son contrat à cause du climat hostile entourant ses activités ».

Sans commentaire.

Que dire de plus ? C’est malheureux d’arriver à ce point de misère éditoriale: Se plier en quatre pour un annonceur. Un journal de référence, dirigé par deux vieux routiers du journalisme au Maroc, devrait donner l’exemple de l’indépendance, de la rigueur et du désintéressement. C’est le meilleur gage de crédibilité pour un média qui se veut indépendant. Dans le cas contraire, cette presse sera vouée  à être le suppléant de communication de l’annonceur ou du politique. Et ne l’oublions pas : le lecteur d’Al Mountakhab n’est pas dupe…

Salaheddine Lemaizi @LemaizO

Al Mountakhab encore une fois, un billet signé en 2013:  Le journal Al Mountakhab est-il un sapeur pompier?

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