Interview

« Repositionner le journaliste comme un professionnel de l’écriture »

22 novembre 2015

Guillaume JOBIN est président de l’Ecole supérieure de journalisme de Paris (ESJ Paris). Il est l’auteur de deux ouvrages : Lyautey, le Résident  et Route des Zaërs. Il est aussi co-fondateur de la maison d’édition Casa Express. Interview.

Journalisme in Bled : Quelle lecture faites-vous de l’arrivée de journalistes depuis environ trois ans dans le monde de l’édition au Maroc, Est-ce que c’est un effet de mode ou une tendance de fond?

GJ Le Caire Nil

Guillaume Jobin : C’est une tendance de fond que nous observons au Maroc, enfin similaire à ce qui se passe dans le reste du monde. Karim Boukhari et moi-même l’avons lancée volontairement ici, sentant le besoin de faire autre chose que des recueils de chroniques périmées ou des livres hagiographiques.

Peut-on lier cette tendance éditoriale avec la crise de la presse écrite qui pousse ces journalistes vers la littérature, l’essai, le témoignage ?

La crise n’a rien à voir, les livres de journalistes, en France, sont dans les meilleures ventes. Ce sont des professionnels qui parlent sans être limités par la place disponible dans un article de sujets d’actualités, en long et sans être bridés. Par leur métier, ils ont un style vivant orienté vers le lecteur, à la différence du romancier qui écrit d’abord pour lui.

Vous avez édité à Casa Express plusieurs livres écrits par des journalistes marocains, est-ce que les livres des journalistes marchent mieux que ceux d’auteurs venus de d’autres horizons?

Le lectorat qui s’intéresse aux livres de journalistes est le même que celui de la presse et des livres de sciences humaines, notamment d’Histoire qui bénéficie d’un engouement sans précédent au Maroc. Mon propre livre, « Lyautey, le Résident », une sorte de reportage actuel, est ainsi en tête des ventes en français depuis deux ans.

Peut-on dire que certains livres bénéficient d’une meilleure promotion dans la presse car ils sont écrits par des journalistes? 

Hélas non, j’aurais bien aimé en tant qu’éditeur que ce soit le cas, mais la pudeur de nos auteurs les bloque dans les journaux où ils écrivent et la jalousie de certains « confrères » qui auraient bien voulu écrire, eux, les censure ailleurs. Par exemple, la page littéraire de Tel Quel fait un blocage systématique sur nos livres !

Est-ce qu’il y a des projets de livres en cours de préparation avec des journalistes au sein de votre maison d’édition? 

Ce qui nous intéresse chez Casa Express, c’est de repositionner le journaliste, marocain ou étranger correspondant au Maroc, comme un professionnel de l’écriture que ce soit sous forme de roman, d’Histoire, de poésie, de chroniques ou autres. Nous avons une dizaine de livres en préparation.

Entretien réalisé par S. Lemaizi

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