Etudes et livres

Tendance. De journalistes à écrivains

28 octobre 2015

L’arrivée d’auteurs, issus du monde du journalisme, dans l’édition mérite d’être signalée et saluée. Dans un premier temps, voici un inventaire des principaux livres écrits par des journalistes ces dernières années. Dans un deuxième temps, Kenza Sefrioui et Guillaume Jobin analyseront cette tendance éditoriale. Place à l’inventaire.  

C’est une tendance forte dans le petit monde de l’édition au Maroc: des journalistes s’essaient à l’art du roman, de l’essai ou de la poésie. Sous d’autres cieux, ce phénomène éditorial a toujours existé; au Maroc, cette tendance demeure rare.

Sur les traces de Daoud

Zakya Daoud, co-fondatrice de la revue Lamalif, est la pionnière de ce va-et-vient entre le journalisme et l’édition de livres au Maroc. Avec ses ouvrages sur Mehdi Ben Barka ou sur Abdelkrim El Khattabi, elle a montré qu’il existe une (belle) vie après le journalisme.

Kenza Sefroui

Kenza Sefrioui, journaliste culturelle pour le compte du défunt Journal Hebdo, officiant actuellement pour Telquel, a signé La revue Souffles: Espoirs de révolution culturelle au Maroc (1966-1973), un des meilleurs essais de ces dernières années. Sa thèse de doctorat transformée en essai a remporté le Prix Grand Atlas en 2013.

Dalil Le Job

Réda Dalil, rédacteur en chef du Temps magazine, a signé avec Le Job un des succès de librairies de ces dernières années. Pour ce premier roman, il a raflé le Prix Mamounia en 2014. ​Pour sa part, Abdelhak Najib, journaliste à Aujourd’hui le Maroc (ALM) et animateur télé, a publié en avril 2015 son premier roman, Les territoires de Dieu, fiction saluée par la critique.

LIVRE-YOUSSOUFI

Pour ce qui est de l’essai politique, Souleïman Bencheikh s’est illustré en 2014 avec Le Dilemme du Roi ou la Monarchie marocaine à l’épreuve. Son confrère Mohamed Ettayea s’est intéressé à la période de l’alternance. Ce journaliste politique a signé Abderrahmane Youssoufi et l’alternance démocratique avortée. L’ouvrage a été traduit en français et édité par Telquel ce mois-ci. Hassan Dehbi, actuel directeur des rédactions à Le Matin, a choisi la voie de l’édition des recueils de textes. En juin dernier, il a signé Décryptages: 2005-2014, recueil de chroniques et éditos écrits chez ALM et Le Matin. En 2011, il avait publiéMaroc-Espagne: la guerre des ombres. Toujours dans l’essai politique, Hassan M. Alaoui, l’ex-directeur de la rédaction du quotidien du palais Le Matin, avait publié en 2010Guerre secrète au Sahara Occidental.

Témoignages et grands reportages

Mustapha ALaoui

Mustafa Alaoui, directeur de l’hebdo Al Ousbou Assahafi et doyen des journalistes marocains, excelle dans l’art du témoignage. Il a édité son autobiographie, Le journaliste et les trois rois, en 2011. Ce livre a revêtu, au départ, la forme de série d’interviews accordées au journaliste Younes Meskine, d’Akhbar Al Yaoum. Ses mémoires ont ensuite été traduites vers le français en 2012.

«L’idée de cet ouvrage est née au moment où j’ai frappé la porte d’Al Ousboue Assahafi pour demander un rendez-vous avec Mustapha Alaoui pour une interview. Depuis, nous nous sommes embarqués à bord de pièces rares composées de documents et photos», Younes Meskine.

Trois après, M. Alaoui remet ça. Ilvient de signer un nouveau témoignage sur les années de règnes du défunt roi, intitulé Hassan II, le Roi opprimé. Le succès sera-t-il une nouvelle fois au rendez-vous?

dosfemmes

Hicham Houdaifa, un des meilleurs journalistes-reporters de sa génération, vient à son tour de publier un recueil de ses excellents reportages publiés au Journal Hebdo. «Dos de femmes, dos de mulets. Les oubliées du Maroc profond» (2015) est d’ailleurs le premier ouvrage de la collection «Enquêtes» réservée à ce genre journalistique au sein de la maison d’édition En toutes lettres. Ce court ouvrage est à enseigner aux journalistes en herbe pour maîtriser l’art du reportage.

 

Chaque livre éclaire une thématique, qu’il aborde à travers plusieurs reportages et enquêtes. Des livres pour inciter les citoyens à prendre part au débat public en connaissance des enjeux. H. Houdaifa

Alors l'information

Abdellah Bensmain, journaliste et romancier, n’en est pas à son premier livre. En février dernier, il signait Alors l’information? Les journalistes parlent du journalisme… et d’eux-mêmes, une longue chronique sur le journalisme marocain. Un travail de fourmi de 414 pages que je recommande à ceux qui veulent en savoir plus sur l’histoire de la presse marocaine des années 80 et 90.

«Alors l’information n’est pas un livre théorique. Il s’appuie entièrement sur des écrits et témoignages de journalistes. Il est consacré à l’information, au journalisme dans l’universalité de sa pratique». A. Bensmain.

Dans cette vague d’édition, la presse marocaine a enfanté deux poètes. Karim Boukhari, ex-directeur de Telquel, et Khalil Idrissi Hachimi, fondateur d’Aujourd’hui le Maroc (ALM) et actuel DG de la MAP,partagent l’amour du verbe. Le premier a édité son deuxième recueil de poèmes Ode à mon ami intelligent et le deuxième a publié en 2012 Subterfuges ou les détours des rimes rebelles, également recueil de poésie. Hachimi n’en est pas à son premier ouvrage : il avait rassemblé ses chroniques et éditos dans trois livres Des Billets bleus, chroniques marocaines 1994-2000 (2005), La conquête de rien (2011) et récemment Une conversation marocaine (2015).

Dans ce panorama, il manque les livres d’une génération qui a marqué le journalisme des années 2000. À l’exception de Ali Amar avec trois livres et de Omar Brouksy, les journalistes de la presse indépendante de la période 1999-2010 restent encore muets. Les témoignages ou essais de Jamai, Hafid, Benchemsi, Anouzla, ou Lmrabet se font toujours attendre…

S.L.

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