Points de vue

Sale temps pour les journalistes au Maroc

3 août 2015

Le mois de juillet a été particulièrement porteur de mauvaises nouvelles pour les journalistes et la liberté de la presse au Maroc. Le décompte d’une guerre contre l’information.

Ali Lmrabet, journaliste et directeur de demainonline.com, a passé 34 jours en grève de la faim devant le siège de l’ONU à Genève. Il dénonçait le refus des autorités marocaines de lui délivrer un certificat de résidence. Cette attestation est nécessaire pour le dépôt du dossier de création de son nouveau journal satirique. Ce triste épisode s’est terminé le 28 juillet suite à des promesses du ministre de l’Intérieur de lui délivrer le document en question. Un engagement obtenu grâce à une mobilisation nationale et internationale. Lmrabet a été hospitalisé suite à sa grève de la fin.

A. Lmrabet lors de son sit-in devant le siège l'ONU à Genève.
A. Lmrabet lors de son sit-in devant le siège l’ONU à Genève.

Série noire

Plutôt en juillet, Khalid Gueddar, caricaturiste de presse, a été condamné à trois mois de prison ferme pour « ébriété en publique » et « agression d’un fonctionnaire » dans une affaire qui remonte à 2012. Le lien entre cette condamnation et la participation de Gueddar dans le projet de Lmrabet n’est pas à écarter. Gueddar a annoncé qu’il ne fera pas appel à ce jugement.

Fin juin, le turbulent Hamid Mahdaoui, directeur de badil.info, écope d’une peine de quatre mois de prison avec sursis, et d’une amende de 100 000 DH suite à un procès intenté par la DGSN. Le journaliste est poursuivi dans une deuxième affaire. Le jugement sera prononcé dans les prochaines semaines…

Ce n’est pas fini…le 22 juin le Tribunal de 1ère Instance de Casablanca condamne Ahmed Najim, directeur de Goud.ma, à payer à Mounir Majidi, secrétaire particulier du roi une amende de 500 000 DH.

A ces nombreuses condamnations, s’ajoutent des atteintes aux libertés syndicales, et au droit à l’exercice de sa profession. Le cas de Fatéma Hassani, journaliste à l’agence MAP, est emblématique. La SG adjointe du Syndicat national de la presse marocaine (SNPM), vient d’être licencié pour avoir confondu des noms d’ambassadeurs dans une dépêche. Le SNPM accuse la direction de la MAP de s’acharner contre ses membres. D’ailleurs, deux autres membres de ce syndicat travaillant à la MAP viennent de subir des sanctions administratives, sans raisons valables. Last but not least, Redounane El Hafiani, directeur de Maroctelegraph.com vient d’être tabassé par des membres de l’autorité locale à Mohammedia alors qu’il filmait une expulsion d’habitants de bidonvilles.

Double vitesse

Ces condamnations, et ces atteintes à la liberté de la presse, ne sont pas des accidents de parcours. Nous sommes bien face à une politique répressive de l’Etat contre les journalistes dissidents, ou ceux qui sont tentés par des velléités d’indépendance. Dans le cas de la MAP, la modernisation de cette agence de l’Etat ne s’accompagne pas d’une libéralisation de la ligne éditoriale. Même l’exercice du droit syndical est aujourd’hui en danger au sein de la MAP.

Les formations des jeunes journalistes n’ont pas échappé à ce rouleau compresseur. Fin juin, des cycles de formation organisés par l’Association marocaine de journalisme d’investigation (AMJI) à Marrakech et Tanger, ont été purement et simplement interdits par l’autorité locale, sans présenter de motifs valables  à ces interdictions arbitraires.

Ces faits sont constatés, de différentes manières, dans les rapports de RSF, du Comité pour la protection des journalistes, du Département d’Etat américain, de Freedom Now, de l’Association marocaine des droits de l’homme, de même que dans le rapport de la très consensuelle SNPM. Cette répression passe par des amendes salées, l’acharnement judiciaire, ou l’utilisation des délits de droits communs pour faire taire les journalistes (cas de Gueddar ou Mansouri).

Cette vague de procès et d’intimidation, coïncide avec l’introduction dans le circuit législatif du projet du futur Conseil supérieur de la presse qui devrait être suivi du nouveau Code de la presse. Hasard du calendrier ou message à qui de droit ? J’y reviendrai dans un prochain texte…

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