Points de vue

Au Maroc, le blues des journalistes

7 mai 2015

Le monde a célébré le 3 mai dernier la Journée mondiale de la liberté de la presse. Comment les journalistes marocains vivent l’exercice de cette liberté ?

Liberté de la presse 1Des poursuites contre les journalistes, une liberté de la presse en stand by, une reforme législative reportée à plusieurs reprises, une situation sociale détériorée, des négociations pour le renouvellement de la convention collective au point mort, ce sont quelques facettes d’une profession en crise.

 

Liberté de la presse

Depuis des semaines, difficile de faire le suivi de toutes les poursuites contre les journalistes et les médias. Quelques cas :

  • Le quotidien Akhbar Al Yaoum poursuivit par l’Intérieur
  • Le site goud.ma poursuit par Mounir Majidi, secrétaire particulier du roi Mohammed VI
  • Le site Hibapress.com poursuivit par le wali de la Région de Marrakech
  • Le site Badil.info poursuivit par la DGSN à Meknès et dans une deuxième affaire à Casa
  • Le site Benguerir.net poursuivit par un parlementaire du PAM
  • Mustapha Abou El Kheir, journaliste à Beni Mellal convoqué par le procureur du roi
  • Hicham Mansouri, le membre de l’Association marocaine de journalisme d’investigation condamné à 10 mois de prison ferme.

Excusez du peu…

Une situation qui irrite l’Organisation pour Les libertés de l’information et d’expression. Dans un communiqué à l’occasion du 3 mai, on peut lire : « Il faut mettre fin à l’agenda autoritaire, sécuritaire et idéologique contrôlant le secteur de la presse et de la communication au Maroc. Aucune démocratie n’est possible et aucun développement n’est viable sans une presse libre et des institutions médiatiques indépendantes et des journalistes professionnels qui jouent pleinement leurs rôles. Nous aspirons à voir nos médias comme un contre-pouvoir qui peut contrôler les autres pouvoirs et créer un équilibre entre la société et l’Etat ».

Reforme législative

Les projets du Code de la presse et de l’édition, du nouveau statut du journaliste, du Conseil supérieur de la presse sont prêts. Ces textes ont fait l’objet de négociations depuis…11 ans. Après Benadellah et Naciri, c’est au tour de El Khalfi de tenter de faire passer cette réforme. L’actuel ministre de la communication promet de faire passer cette réforme à chacune de ses sorties médiatiques. Mais ces promesses ne sont pas tenues pour le moment.

La situation sociale des journalistes 

Comme le rappelle le dernier rapport du SNPM, la situation sociale des journalistes est catastrophique. Fermeture des journaux, stagnation des salaires, arrêt des recrutements, exploitation à trois dimensions (print, digital et audiovisuel). Cette situation déplorable ne semble inquiéter personne, comme en témoigne le blocage des négociations autour de la Convention collective. Le patronat du secteur (FMEJ et FMM) n’a aucune réelle volonté de re-négocier une convention venue à échéance il y a trois ans.

Pour l’heure, aucun bilan officiel n’a été publié de la précédente convention collective. Les patrons n’affichent pas de réelle volonté de négocier. De son côté, la direction du SNPM, ne sait plus quoi faire, elle tente de placer la balle du côté des journalistes. D’ailleurs, une réunion de la coordination de la presse écrite au sein du SNPM a été tenue le 6 mai pour faire le point avec les journalistes.

Il ressort de ces multiples facettes une profession en crise et un profond sentiment de désarroi. Entre des professionnels totalement démobilisés et des organisations professionnelles et syndicales sclérosées, les journalistes ont le blues.

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