Etudes et livres

« Les années Lamalif  » Traité de résistance journalistique

31 octobre 2014

Les années LamalifLes témoignages de journalistes marocains sont rares. Parmi ces récits publiés, peu ont pu échapper à des hagiographiques élogieuses de leurs parcours. Les années Lamalif. 1958-1988, trente ans de journalisme au Maroc de Zakya Daoud fait figure exception au sein de cette littérature. Note de lecture et extraits.

« Un journaliste n’a qu’une idée en tête, enfin selon ma conception du journalisme, c’est celle de faire son papier, en étant le plus près possible de la vérité, pour la restituer » Z. Daoud

 

La journaliste franco-marocaine ne se contente pas de revenir sur son parcours professionnel, son livre raconte son histoire, « celle d’une revue et d’un pays, surtout ». Tout au long des 434 pages de cet ouvrage, la co-fondatrice de Lamalif nous fait revisiter l’histoire du Maroc, vue par le prisme de cette revue pionnière du journalisme indépendant. Avec talent et passion, la journaliste nous fait revivre l’ambiance de cette époque. Le lecteur découvre l’effervescence intellectuelle des années 70-80. Lamalif est le carrefour des débats entre des penseurs confirmés comme Laroui et Pascon et une jeune génération de chercheurs universitaires (Belal, Ennaji, Tozy, Jebril, Oualalou, Alioua, Akesbi, Bouberbala, Hasbi, Saaf, Zerari, Belguendouz, etc…).

Les années Lamalif sont marquées par des acteurs multiples : les lecteurs d’abord, sans lesquels cette aventure n’aurait pu avoir lieu, fidèles, attentifs […]. Ce qui est valable pour les annonceurs sans lesquels la revue n’aurait pu ni évoluer, ni se développer, et auxquels elle doit l’autonomie et l’indépendance financière qui furent pour elle des gages de survie.

Ce récit est une grande démonstration de courage, de droiture et de longévité journalistique. Dans Les années Lamalif comme dans notre période, lancer un projet de média indépendant reste toujours une aventure périlleuse au Maroc. Z. Daoud et son équipe ont montré que même pendant les Années de plomb, il a été possible de faire son travail de journaliste dans le respect de ses principes.

La volonté de contrôler la presse des partis et donc de leurs finances aurait pourtant dû nous alerter. Nous n’y avons vu qu’un contrôle injustifié pour les partis et une injustice accrue pour une presse non partisane, qui, dans l’esprit des responsables, devait tout simplement disparaitre. […] Le makhzen tenait à nous faire savoir que personne ne peut avoir l’outrecuidance d’exister sans lui.

Et aussi :

Lamalif fut plus une institution journalistique et intellectuelle qu’un organe de presse, une institution construite patiemment pendant 22 ans et fondée sur la durée, laquelle était vue comme un acte en soi, une forme d’opposition, un défi, destiné aussi à prouver qu’un autre Maroc existait.

A contrario d’aujourd’hui où « les journalistes indépendants » se dégonflent à la première affaire, au premier procès et se mettent illico au service du pouvoir politique et économique, Z. Daoud a su durer dans un environnement politique complexe. Son traité de résistance journalistique mérite d’être enseigné dans les écoles de journalisme…

Les Années lamalif. 1958-1988, trente ans de journalisme au Maroc, Zakya Daoud, Tarik Editions & Senso Unico (2007). Prix: 90 DH

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