Interview

« Au Sénégal, les journalistes vivent dans la précarité »

8 avril 2014
Source: www.au-senegal.com
Kiosque de journaux à Dakar. Source: www.au-senegal.com

Classé par Reporters Sans frontières (RSF), 59ème sur 179 pays, le Sénégal est un îlot de liberté de la presse dans un océan africain hostile aux médias. À titre de comparaison, le Maroc stagne à sa 136ème place. Bien sûr, en terre de la Térranga tout n’est pas rose. En août 2013, le journal privé Le Quotidien a été suspendu pour trois mois et son directeur du journal, Madiambal Diagne, condamné à un mois de prison ferme et une amende de 15 000 euros pour « diffamation ». Dans cette interview, Abdoulaye Thiam, journaliste et chef d’édition à Sud Quotidien, nous brosse un bref tableau sur la situation de la liberté de la presse, la santé économique du secteur et les conditions de travail des journalistes. Rencontre.

Journalismes in Bled: Globalement, quel est l’état de la liberté de la presse au Sénégal ?

Abdoulaye Thiam: Dès l’arrivée à l’Aéroport Sédar Senghor à Dakar, on peut mesurer l’état de la liberté de la presse. On se rend compte rapidement que l’exercice de cette liberté est effectif. Notre pays compte une vingtaine de journaux quotidiens, hebdos et mensuels, une vingtaine de radios nationales et dix télés. D’ailleurs, nous sommes nettement en avance par rapport aux autres pays de la région. Le pays peut se targuer aussi d’avoir des journalistes très bien formés, au sein de l’établissement étatique ou par les instituts privés.

Economiquement, comment se porte les journaux sénégalais ?

La situation est précaire pour les journaux comme pour les journalistes. Cette situation produit souvent de l’information à rabais. Avec 60% d’analphabètes, le lectorat est réduit et donc la viabilité n’est pas toujours au rendez-vous. Pourtant nous avons une offre très large. Ce paradoxe peut s’expliquer par l’aide octroyé par l’Etat aux journaux. L’idéal serait de mutualiser les forces et créer de grands journaux à vocation nationale et avoir également d’autres supports à dimension régionale.

Quels sont les journaux qui réalisent les meilleures ventes ?

Il est très difficile de répondre à cette question car nous ne disposons pas de données fiables sur les tirages et les ventes. Les chiffres sont sujets à débats entre les éditeurs. Même chose pour le taux d’audimat des radios. Certains journaux tirent à 100 000 exemplaires mais ce n’est qu’une stratégie commerciale pour avoir de la pub.

La presse en ligne constitue-t-elle une menace pour la survie de la presse papier au Sénégal ?

Je ne crois pas. Le taux de pénétration de l’internet ne dépasse pas 10% dans le pays. Les Sénégalais connectés demeurent des privilégiés. Ceci dit, la presse en ligne se développe rapidement et elle devrait être régulée.

Dans quelles conditions les journalistes exerce leur profession ?

La convention collective du secteur date 1992. Depuis, beaucoup de choses ont changé, spécialement la dévaluation du FCFA (Franc des Colonies françaises d’Afrique)[1]. Cette situation fait que les journalistes vivent dans la précarité. Par ailleurs, certains organes de presse ont fait des « conventions maisons ». En revanche, il existe des organes de presse qui ne respectent même pas la convention de 92. L’Etat devrait mener des investigations sur les paiements des cotisations sociales de la part des patrons.

Propos recueillis par S.L.

[1] Un dirham = 58 FCFA

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  1. En lisant cet interview d’Abdoulaye Thiam, je me rends compte que la situation au Sénégal est plus reluisante que celle du Cameroun, pays où j’exerce. Cependant, il y a des points communs, comme la situation économique des journalistes qui est pareille chez nous!

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