Economie des médias

La FMEJ et les journalistes. Le grand malentendu

29 novembre 2013

Le vendredi 4 octobre 2013 a eu lieu deux événements importants, à mon sens, dans le secteur de la presse marocaine. Le premier est le sit-in tenu par des journalistes «pour exiger l’amélioration de leurs conditions de travail et l’application des clauses de la convention collective du secteur». Le deuxième événement est la tenue de l’Assemblée générale ordinaire de la Fédération marocaine des éditeurs de journaux (FMEJ), principal regroupement des patrons de presse au Maroc.

En participant solidairement au sit-in et en scandant des slogans pour améliorer les conditions de travail des journalistes, je prends parti comme salarié de ce secteur. Ceci ne m’empêche pas de rendre compte des faits marquants de deux événements et des choses à retenir de cette journée.

Le contexte d’un sit-in

Initié sur les réseaux sociaux par un groupe de journalistes, le sit-in tenu le 4 octobre devant le palace casablancais abritant l’AG de la FMEJ a réussi pleinement son pari. Il a réuni environ 80 journalistes et photographes de presse. Banderoles, pancartes et slogans ont exprimé le ras-le-bol des journalistes marocains. Salaires en stagnation, conditions matérielles déplorables, non respect de certaines clauses de la convention collective (non paiement des jours fériés travaillés, 13ème mois, promotions, formation continue). Certes, la situation au sein des entreprises est très variable. Certaines remplissent en bonne partie leurs engagements, d’autres, spécialement la presse arabophone, sont carrément hors la loi (non paiement des cotisations CNSS par exemple).

Du sit-in des journalistes tenu le 4/10/13

Du point de vue des patrons de presse, ce sit-in n’a pas lieu d’être contre la FMEJ. « Notre fédération n’est pas un employeur. Ceux qui ont des revendications, ils peuvent les exprimer aux entreprises de presse concernées par l’intermédiaire des syndicats représentatifs », se dédouane Noureddine Miftah, président de la FMEJ. Cet argument est démagogique. Je m’explique : au sein de certaines rédactions, les  journalistes vivent dans précarité telle que parler de revendications équivaut à un licenciement. Le cas des 4 journalistes du Groupe Maroc Soir (GMS) est là pour le rappeler. Ces journalistes ont osé créer un syndicat à GMS, ils ont brisé un tabou ! Cet acte de lèse-majesté dans Dar al makhzen médiatique leur a valu un licenciement abusif.

Miftah renvoie la balle aux syndicats, dans le secteur tout le monde le sait, évoquer ce mot suscite l’allergie et peut provoquer un licenciement. L’affaire El Bayane le prouve. Trois syndicalistes abusivement licenciés par les camarades communistes.

Les membres dirigeants de la FMEJ s’insurgent d’être pris pour cible par ces journalistes qui les accusent d’être «des rentiers profitant de l’aide publique à la presse». Pour prouver l’exemplarité de ses membres, la FMEJ rappelle que 60 entreprises membres sont en règles avec le fisc, la CNSS et les imprimeurs. Permettez-moi de douter du cas d’une partie de la presse partisane (Al Bayane et Itihad), idem pour une partie de la presse féminine et régionale. Concernant l’octroi de l’aide, la Fédération précise que l’aide est versée «selon des critères sévères». Là-encore, le doute est permis. Durant les quatre premières années du contrat-programme, les violations des critères étaient légions parmi elles : la non publication des comptes des entreprises de presse et ainsi que de la liste des bénéficiaires. Il a fallu l’arrivée de Khalfi au MINCOM pour voir les éditeurs publiés leurs comptes.

Le bureau de la FMEJ, Miftah au centre. Source: Le Matin

Que retenir de cette journée ? Malgré son communiqué le SNPM sur ces questions, le syndicat rate une nouvelle occasion pour redorer sa crédibilité aujourd’hui au plus bas. Faute d’un canal pouvant transmettre les doléances des journalistes et face à l’absence de dialogue au sein des entreprises, le fossé entre éditeurs et journalistes se creusent.

Choses vues au sit-in des journalistes 

–         Démobilisation. Malgré la présence de 80 journalistes lors de cette mobilisation, il demeure que ce nombre représente qu’une minorité des professionnels de l’info travaillant à Casa et régions

–         Peur. La crainte de perdre son emploi dominait l’esprit des journalistes. Dit sur un ton humoristique, ça révélait ce sentiment. D’ailleurs, rares sont les journalistes qui ont osé prendre le mégaphone pour scander des slogans

–         Création. A chaque fois, je fais le même constat, les journalistes ne savent pas inventer des slogans. Pendant, une heure on a répété quatre piteux slogans.

–         Ahdath. Une forte présence des journalistes et des techniciens d’Al Ahadh al maghribiya. Je vous passe leur cahier de doléances, tellement il est long…

–         Berraoui. Ce directeur de la rédaction à Challenge était parmi les participants au sit-in. Rappelons que cet hebdo est membre de la Fédération marocaine des médias (FMM), concurrent de la FMEJ. Rappelons aussi que le groupe New Publicity (Kamal Lahlou) est peu connu pour son respect du droit de ses salariés…

–         Espionnage. De nombreux photographes étaient présents, ils nous ont bombardés de photos. Je me demande où seront publiées les clichés de ce sit-in. Mise à part les sites d’infos, je présume que ces photos atterriront dans les bureaux de membres de la FMEJ.

 Choses vues à l’AGO de la FMEJ 

–         Avant l’AGO, la FMEJ a tenu une AGExtraordinaire pour adopter des modifications dans ses statuts. Sans respecter le break qui devait séparer les deux AG, les travaux ont repris directement.

–         Pressés. La majorité des éditeurs étaient pressés d’en finir rapidement avec l’AG. Les traditionnelles lectures du rapport moral et financier n’ont pas eu lieu. Les patrons se sont contentés d’un résumé succinct.

–         Autruches. Malgré la crise que connait leur secteur, les membres de la FMEJ ne se sont pas attardés sur cette question. Tout va bien dans le meilleur des mondes, semblent-ils dire.

–         Anouzla. Miftah a exprimé la position de la FMEJ concernant le cas Anouzla : «pas de peines privatives de liberté et des poursuites avec le code de la presse».

–         Anecdote. A défaut d’un certificat d’une société de distribution concernant le nombre d’exemplaire, un éditeur régional a fait appel au service des moukadem de sa ville pour certifier sa distribution. Document refusé par la FMEJ.

–       N. Miftah, a été réélu, à l’unanimité, président de la FMEJ, à l’issue de la 6e Assemblée générale ordinaire.

–         Local. Après 6 ans d’existence, l’organisation patronale va se doter enfin d’un siège. Mabrouk.

–         Déconnectée. La FMEJ ne dispose pas toujours d’un site web !

–         Bas de laine. Fahd Iraki (Telquel) a proposé de placer en bourse la trésorerie de la FMEJ (1,9 million de DH). Réponse de Bahia Amarani (Le Reporter), la trésorière  : «Je suis de la vielle école. C’est trop risqué», craint-elle.

–         Indicateurs. La FMEJ : c’est 60 éditeurs, dont 6 sites d’informations, ces entreprises emplois 863 journalistes sur les 1104 que comptent officiellement le Maroc.

S.L. @LemaizO

Ndlr: Ce texte a été rédigé le 5 octobre. La date affichée sur le blog est celle de sa mise en ligne.

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