Revue des médias

Crise de la presse écrite. (Re)penser le contenu!

23 avril 2013

La presse écrite dans le monde connait une crise d’existence. Des remises en question s’opèrent un peu partout. Pendant ce temps, au Maroc, on adopte la stratégie de l’autruche. La baisse continue du nombre de lecteurs, la crise du marché publicitaire, la percée de la presse électronique et j’en passe n’ont pas alerté les rédactions marocaines. Le contenu d’une bonne partie de la presse marocaine déçoit. Les formats et les angles innovants se font très rares. La facilité prend le dessus sur la qualité.

Je ne généralise pas. Un certain nombre à journaux ont saisit la température. D’autres ont entrepris des virages stratégiques, sauf que la majorité est dans l’expectative sans feuille de route pour l’avenir. Ce constat exclut volontairement la presse partisane car elle obéit à une autre logique économique et éditoriale. Ce segment du secteur mériterait d’y revenir en détail. Mon propos concerne la presse privée ou «indépendante», qui – théoriquement – devrait être c

Campagne "média" de LNT.
Campagne « média » de LNT.

ompétitive et dynamique, c’est-à-dire, avoir l’aptitude à s’adapter aux aléas du marché où elle évolue. Dans le cas de la presse écrite marocaine, c’est un niet.

L’analyse à rabais

Allez, osons la polémique. Pour illustrer mon propos, je donne  l’exemple, parmi tant d’autres de La nouvelle Tribune (LNT)

, hebdomadaire d’informations générales. Lancé en 1995, cet hebdo est dirigé par Fahd Yata. La rédaction du format papier compte quatre journalistes. Grâce à son «Cahier finance», aux couleurs du Financial Times, ce journal veut avoir un positionnement économique. Le lancement de leur stratégie Web 2.0 avec la refonte de leur site a été un joli coup de com’ pour ce média en crise de croissance.

Le diagnostic du contenu de ce média ne vise nullement à dénigrer le travail de mes confrères. Il s’agit juste de le décortiquer de manière objective, j’ai pris le n° 827 du 14/02/2013, de ce tabloïd « sérieux ».

Sur 32 pages, un seul texte d’opinion. À la UNE, trois sujets «Economie», un sujet «Entreprise» et un «Politique». En Eco, l’Ouverture est sur la dégradation de la note du Maroc par l’agence Moody’s, puis la situation des finances publiques et enfin une «analyse» sur le secteur agricole.

Passons sur le fait que ces trois sujets ont fait la UNE des quotidiens généralistes et spécialisés durant toute la semaine. Je m’arrête sur le traitement réservé à ces trois sujets importants. Sur les 7 pages, aucun des articles ne cite de sources. Seuls les journalistes, du haut de leurs claviers, nous illuminent pour «analyser» ces sujets complexes. De journaliste à analyste…il y a un océan. Vivement une presse d’analyse qui permet de mettre en perspective une actualité abondante et chaotique. Sauf que là, c’est raté.

Comment chasser les lecteurs

Je passe rapidement sur les autres rubriques : entreprise, culture et société, caractérisées par la forte présence de l’événementiel et la réécriture des communiqués de presse. Ces pages n’apportent rien de nouveau à ce que sait déjà le lecteur, gavé aux médias électroniques et à la TV. D’ailleurs ce diagnostic vaut pour tous les numéros de cet hebdo.

Ce qui est amusant dans le cas de LNT, c’est que ses campagnes médias insistent sur «les faits» (voir photo), alors que dans la pratique, c’est un journal d’opinion. Se positionner comme tel est légitime, il faut juste être cohérent.

Le cas de LNT n’est pas une exception, c’est la norme. Nombreux sont les journaux qui font du «Grand n’importe quoi». Je me demande bien comment la presse écrite marocaine veut garder le peu de lecteur qu’il lui reste. Certainement pas, en faisant de la pseudo-analyse, de la com’ déguisée en information ou de l’info réchauffée…

Allo chers confrères, il y a péril dans la demeure !

S.L.

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